RÉCENTES PERSPECTIVES

EN VIROLOGIE

 

 

 


Revue de presse mensuelle VOL1 N°1 JANVIER 2002


Professeur retraité du Département de biologie de la Faculté des sciences de l'Université de Sherbrooke, je me suis, durant mes années actives en recherche, particulièrement intéressé à la caractérisation physico-chimique des virus et de leurs génomes. J'ai, aussi, dispensé, pendant une trentaine d'années, les cours et travaux pratiques de virologie et ai également été responsable des séminaires et travaux dirigés en microbiologie.

Toujours intéressé par ma discipline, dont je m'efforce de suivre l'évolution, j'ai pensé pouvoir faire profiter d'autres personnes de mes lectures en publiant régulièrement sur ce site les tous derniers travaux dont je pourrai prendre connaissance dans divers champs de la virologie. Ce faisant, j'espère être utile aux futures et futurs virologistes, et tout particulièrement aux étudiantes et étudiants de premier cycle , qui trouveront là, très certainement, des sujets pouvant faire l'objet de développements dans le cadre de séminaires ou de travaux dirigés.

En outre, et c'est mon voeu le plus cher, j'aimerais que, à la lecture de tel ou tel sujet, puissent naître des vocations en recherche .

De septembre à avril, ce site sera mis à jour périodiquement chaque fin de mois. Dans l'intervalle, je souhaite, à toutes et à tous, une bonne lecture.

Pour toutes remarques ou suggestions,

 Jean Robin,Ph.D.


NOUVELLES EN VIROLOGIE FONDAMENTALE


On sait que de tous les évènements qui composent le cycle de réplication viral, la pénétration et la translocation des virions dans la cellule-hôte sont parmi les moins connus. Ceci est maintenant un peu moins vrai, car, en effet, des chercheurs de l'Université de Münich (l'équipe de Christoph Bräuchle) ont pu récemment montrer, par des techniques utilisant des marqueurs fluorescents, que la pénétration est un processus beaucoup plus rapide (minutes) qu'on ne le croyait (heures). Le virus d'expérience était un virus associé aux Adénovirus Adeno-associated viruses (AAVs)), couplé à une molécule fluorescente. Les chercheurs purent voir les virions ralentir, puis entrer en collision plusieurs fois avec la surface des cellules, le contact étant chaque fois très bref et inférieur à une seconde. Les expérimentateurs disent: "It is not clear yet whether these touching events represent binding-and-release processes at a receptor, or simply unspecific adsorption of the virus to the cell surface". Ces évènements précédaient l'adsorption des virions par la cellule qui, soudainement, en internalisait une faible fraction. par endocytose. Libérés des vésicules, les particules virales suivaient alors des trajets très spécifiques le long de microtubules où sont localisées des protéines motrices. Utilisant celles-ci, en 15 minutes, elles gagnaient déjà le noyau.

Référence : Science Magazine.Volume 294, No 5548, 30 Nov 2001

 


Un autre fait qui est relativement peu connu est l'encapsidation des génomes et leur libération dans le cytoplasme lors de la décapsidation. Or, une équipe vient de lever quelque peu le voile en découvrant que, dans la capside du bactériophage ø29 (phi-29) , des moteurs moléculaires peuvent "empaqueter" l'ADN à des pressions atteignant 10 fois la valeur de celle d'une bouteille de champagne, soit 60 atmospheres. Ces pressions élevées permettraient à l'ADN d'être expulsé de la capside lorsque celle-ci subit sa désintégration. On pense que beaucoup de virus des animaux, tels que le virus Herpès et les adénovirus, encapsident leur ADN par un processus analogue. On estime aussi pouvoir intervenir sur le processus, créant ainsi de nouveaux agents anti-viraux.

Référence: Douglas E. Smith, Sander J. Tans, Steven B. Smith, Shelley Grimes, Dwight L. Anderson, Carlos Bustamante. Nature413, 748 - 752 (18 Oct 2001) Letters to Editor

 


 Depuis une vingtaine d'années, on croyait que le virus de l'influenza comprenait seulement 10 protéines structurales et fonctionnelles. Mais, une équipe de chercheurs a pu récemment découvrir une nouvelle protéine "cachée" dans le virion. Cette protéine aurait pour fonction de combattre les défenses immunitaires anti-virales, conférant au virus sa légendaire agressivité.

Référence: W Chen et al. A novel influenza A virus mitochondrial protein that induces cell death. Nature Medicine 17(12):1306-12(2001).  


Dans le cadre d'études entreprises pour comprendre les mécanismes d'infection cellulaire des virus, les scientifiques du "Brookhaven National Laboratory" ont précisé les interactions moléculaires entre un virus coxsackie -- qui infecte le coeur, le cerveau, le pancréas et d'autres organes -- et la protéine réceptrice à laquelle il s'attache. Cette découverte, publiée dans l'édition d'octobre 2001 de "Nature Structural Biology", pourrait déboucher sur de nouveaux moyens pour combattre les infections virales et serait également de nature à améliorer la thérapie génique.

 

Référence:: Yongning He, Paul R. Chipman, Jason Howitt, Carol M. Bator, Michael A. Whitt, Timothy S. Baker, Richard J. Kuhn, Carl W. Anderson, Paul Freimuth, Michael G. Rossmann. Nature Structural Biology8, 874 - 878 (01 Oct 2001)

  Un bon résumé peut être trouvé à`:

http://www.bnl.gov/bnlweb/pubaf/pr/2001/bnlpr092501.htm


Une équipe internationale de recherche a pu établir la structure "quasi-atomique" du bactériophage PRD1. Les résultats montrent que celle-ci est remarquablement similaire à celle des adenovirus humains, en dépit des grandes différences génétiques - les deux structures étant des icosaèdres composés de 252 unités de structure. Les auteurs tirent des implications intéressantes pour la compréhension de l'évolution virale et laissent également entrevoir des stratégies innovantes dans le cadre de la lutte contre les bactéries résistantes aux antibiotiques.

 

Référence: Carmen San Martin & al. Structure. 2001. 9:917–930


NOUVELLES EN VIROLOGIE MÉDICALE


VIH


Contrairement, à ce qu'affichait encore récemment la presse journalière, un virus apparenté au VIH a pu être trouvé chez les chimpanzés . Une équipe internationale a isolé le rétrovirus de l'immunodéficience simienne (SIVcpz) chez un chimpanzé sauvage. C'est la première fois qu'on découvre un chimpanzé en liberté porteur du virus du sida. Jusqu'à présent, le VIScpz n'était connu que chez des singes en captivité. Plusieurs scientifiques pensent que le VIH provient du VIScpz. Cependant la souche trouvée sur l'animal diffère trop du virus de l'immunodéficience humaine (VIH) pour considérer l'Afrique de l'est comme probable lieu d'origine du VIH. Cet animal pourrait donc être un réservoir naturel de ce virus qui, on le sait, est très apparenté au VIH humain.

Référence :

George M. Shaw and Beatrice H. Hahn. Science : January 18, 2002.


Jusqu'à présent, les tentatives pour contrer la transmission du VIH étaient essentiellement des stratégies visant à se prémunir contre les particules virales libres, mais non contre la migration des cellules qui, abritant le virus (chevaux de troie) et étant présentes dans les sécrétions vaginales ou séminales des individus affectés, pouvaient être une source de contamination plus efficace que le virion lui-même.

Toutefois, une équipe scientifique de la "Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health" vient de faire une percée significative dans cette dernière problématique. En effet, en utilisant la souris comme modèle animal, ils ont pu identifier et tester des agents qui sont à même d'empêcher la migration des globules blancs infectés dans le mucus cervical ou séminal. Un composé, le beta-CD, s'est avéré particulièrement efficace à cet égard. Ceci ouvre la porte à des études précliniques et cliniques.

Référence : Kristen V. Khanna, Kevin J. Whaley, Larry Zeitlin, Thomas R. Moench, Karim Mehrazar, Richard A. Cone, Zhaohao Liao, James E.K. Hildreth, Timothy E. Hoen, Leonard Shultz, and Richard B. Markham. Vaginal transmission of cell-associated HIV-1 in the mouse is blocked by a topical, membrane-modifying agent. J. Clin. Invest. 2002 109: 205-211

L'article est également consultable en ligne à:

http://www.jci.org/contents-by-date.0.shtml


On croyait à peine l'avoir contrôlé que, déjà, le virus du sida serait en train de développer une parade? En effet, selon une inquiétante recherche présentée lors de la "41st Annual Interscience Conference on Antimicrobial Agents and Chemotherapy (ICAAC)", commanditée par l'American Society for Microbiology, plus des trois quarts des patients VIH séro-positifs aux États-Unis sont porteurs de souches résistantes aux thérapies usuelles. Ce pourcentage monte à 87% chez les malades qui font ou ont fait l'objet de la tri-thérapie. On doit donc maintenant faire face à un problème préoccupant: comment empêcher la dissémination de telles souches résistantes? Cela ne signifie pas que les individus porteurs sont condamnés, puisque nombre de séropositifs abritent en eux, pendant des années, le VIH, sans que celui-ci se "réveille". Et cela ne signifie pas non plus que s'il le fait, les médicaments n'en viendront pas à bout malgré tout. Mais tout indique que soudain, à l'image de ce qui s'est passé avec les bactéries qui ont développé une résistance aux antibiotiques, les "populations" du virus VIH sont en train de muter, et ce, beaucoup plus rapidement que ne l'ont fait ces bactéries résistantes.

Source: http://www.hivandhepatitis.com/2001conf/icaac2001/21.html


Une nouvelle théorie sur les origines du sida dénonce une possible négligence médicale dont auraient été victimes les Africains. Selon une équipe de recherche américaine, l'usage de seringues non-stérilisées lors des campagnes massives d'injections de pénicilline, dans les années 50, pourrait expliquer la propagation de cette maladie. Selon ces chercheurs du Centre médical Montefiore, qui s'expriment dans l'édition du 8 décembre de la revue médicale britannique The Lancet., vingt-trois millions d'Africains avaient alors reçu ces injections,

Ce qui a pu se passer, selon eux, est que le VIS, ou virus d'immuno-déficience simiesque, ce cousin du VIH (H pour humain), présent transitoirement chez les humains (jusque-là, rien d'étonnant, c'est l'hypothèse privilégiée par les chercheurs depuis plus de 10 ans), aurait, profité d'une campagne aussi massive de vaccination, et l'usage de seringues non-stérilisées, pour se promener d'une personne infectée à une autre, en multipliant ainsi le nombre de personnes porteuses du virus. Or, avec 23 millions de gens vaccinés, il suffisait qu'une mince proportion de ces VIS subisse une mutation les transformant en VIH - le virus responsable du sida - et le tour était joué : statistiquement, le sida ne pouvait faire autrement que croître et se multiplier.

Référence:

Ernest Drucker, Phillip G Alcabes, Preston A Mar .The injection century: massive unsterile injections and the emergence of human pathogens . The Lancet. 2001. Volume 358 Issue 9297 Page 198

 


Une molécule capable d'attaquer le VIH . Une équipe de chercheurs marseillais a mis au point une molécule capable de s'attaquer à la protéine TAT (transactivation) générée par le virus du sida, a-t-on appris mercredi 14 novembre 2001 auprès du Centre national (français) de la recherche scientifique (CNRS).

Le docteur Erwann Loret, chargé de recherche au CNRS, directeur de l'institut de biologie structurale et microbiologie de Marseille, a révélé la modélisation et la fabrication de la molécule baptisée TDS (triphène diméthyle succinimide). «Cette molécule est capable de se fixer sur la protéine TAT produite par les cellules infectées par le VIH, a confirmé à l'Associated Press le docteur Loret. Cette protéine TAT a notamment pour effet d'empêcher la réponse immunitaire des macrophages et des lymphocytes T chargés de détruire les cellules infectées par le virus du sida. En inhibant la protéine TAT, on permettra à la réponse immunitaire de se faire». «La différence avec la tri-thérapie, a ajouté le chercheur, c'est que cette dernière bloque la duplication du virus mais ne détruit pas les cellules infectées. Si on arrête le traitement, le virus redevient aussi destructeur qu'au début. Notre objectif est de se débarrasser des cellules infectées par le VIH non éliminées par la tri-thérapie». Les recherches débutées en 1995 en sont au stade de la fabrication, ou synthèse de la molécule, réalisée plus spécifiquement par une équipe nantaise du CNRS dirigée par Jacques Lebreton. Selon Erwann Loret, il faut désormais «améliorer l'efficacité de la molécule TDS» avant d'envisager des essais pré-cliniques et cliniques. «Une éventuelle commercialisation peut prendre cinq, sept ou dix ans. Il y a différentes étapes à franchir et nous n'en sommes qu'au début, a ajouté le chercheur. Cela dépend de ce que nous trouvons et des moyens financiers que nous avons.»

Référence: communiqué officiel du CNRS à: http://www.cnrs.fr/cw/en/pres/compress/tds201198.html


RUBÉOLE


La rubéole, maladie redoutable qui, il fut un temps, frappait annuellement des dizaines de milliers de personnes et était responsable de graves lésions chez l'embryon, est en voie d'être éliminée aux États-Unis. En effet, ainsi que le rapporte le "Journal of the American Medical Association", les cas de rubéole, dans ce pays, ont passé de 58,000 en 1969, l'année où le vaccin fut introduit, à 272 en 1999. Ceci permet au Dr. Stanford Shulman, directeur du service des maladies infectieuses de l'enfant au "Children's Memorial Hospital" de Chicago, de dire que "cette étude démontre le pouvoir incroyable de l'immunisation".

Référence :

Susan E. Reef; Teryl K. Frey; Katherine Theall; Emily Abernathy; Cindy L. Burnett; Joseph Icenogle; Mary Mason McCauley; Melinda Wharton. The Changing Epidemiology of Rubella in the 1990s On the Verge of Élimination and New Challenges for Control and Prevention JAMA. 2002;287:464-472

 


GÉNÉRALITÉS


Une équipe de chercheurs du "Brookhaven National Laboratory " a isolé trois nouvelles enzymes qu'ils vont pouvoir utiliser comme drogues anti-virales contre les adénovirus humains.

Référence : William J. McGrath, Mary Lynn Baniecki, Erin Peters, David T. Green, and Walter F. Mangel. Roles of Two Conserved Cysteine Residues in the Activation of Human Adenovirus Proteinase, Biochemistry. 2001.40: 14468-14474.

William J. McGrath, Mary Lynn Baniecki, Caroline Li, Sarah M. McWhirter, Mark T. Brown, Diana L. Toledo, and Walter F. Mangel. Human Adenovirus Proteinase: DNA Binding and Stimulation of Proteinase Activity by DNA. Biochemistry. 2001. 40: 13237-13245. [

Mary Lynn Baniecki, William J. McGrath, Sarah M. McWhirter, Caroline Li, Diana L. Toledo, Patricia Pellicena, Dale L. Barnard, Kurt S. Thorn,# and Walter F. Mangel. Interaction of the Human Adenovirus Proteinase with Its 11-Amino Acid Cofactor pVIc. Biochemistry. 2001. 40:12349-12356.


La virologie prête main-forte à la lutte contre les infections virales. En effet, des scientifiques de l'Université Rockfeller ont pu montrer que certaines enzymes isolées à partir de virus peuvent être utilisées contre les bactéries incluant celles devenues résistantes aux antibiotiques.

Référence : Jutta M. Loeffler, Daniel Nelson, and Vincent A. Fischetti. Rapid Killing of Streptococcus pneumoniae with a Bacteriophage Cell Wall Hydrolase. Science Dec 7 2001: 2170-2172.



Mis à jour le 31 janvier 2002